Du théâtre qui dérange

J’aime ce qui dérange. Ce qui sort de la norme, ce qui critique la norme. J’aime que ma lecture ou mon attention soient perturbées, parce que j’aime sentir mon corps rejeter la violence. J’aime Claude Favre parce que ça dérange. J’aime Olivier Cadiot parce que ça dérange. J’aime Bernard Noël, Antoine Emaz, Eric Dubois, François Bon, parce qu’ils dérangent mes habitudes. J’aime les contemporains qui dérangent.

J’aime aussi le théâtre. Celui qui dérange, qui fait que mon corps se sent mal sur le siège. Le frisson du dérangement, le souffle chaud et les particules tièdes aux commissures des lèvres. L’esprit qui va à cent à l’heure et mon corps qui tremble. DERANGEMENT.

J’aime ne pas aimer être dérangé par un gusse qui balance que les jeunes ne vont pas assez au théâtre car ça me permet d’exprimer et de refaire sortir de mes souvenirs un souvenir. Le souvenir d’une soirée de février, à Poitiers, au TAP. Soirée en compagnie de Steven Cohen. Golgotha. Ça m’a dérangé. J’ai aimé.

Fragment du carnet - souvenir du spectacle Golgotha au TAP de Poitiers (02/2011)

Steven Cohen est nu, sur scène, juché sur ses « skulletoes » – talons aiguilles mojntés sur de vrais crâne humains achetés dans le quartier chic de Soho – et il danse, murmure… Sur les murs, des vidéos faites de la société américaine où toute chose se vend y compris les squelettes humains. Des images de la bourse américaine défilent, des paysages urbains. Ils marchent dans les rues de New-York, habillé en homme d’affaire et toujours sur ses skulletoes. Regard violent, fort, triste et qui dérange. Profondément. Qui dérange.